Partager l'article ! Elle s'appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay: Sarah, cela fait des années que je la connais sans la connaître. Parce que c'est la première f ...
Sarah, cela fait des années que je la connais sans la connaître. Parce que c'est la première fois que j'ai autant “vécu” les affres de la publication d'un roman,
à travers son auteur.
Quand j'ai enfin ouvert le livre pour lire son histoire, c'est un peu comme si je rencontrais une personne dont on m'a si souvent parlé qu'elle fait presque partie
de ma vie. Sauf que malgré ce que je savais de l'histoire (les destins croisés d'une petite fille prise dans la rafle du Vél d'Hiv de juillet 42 et celui d'une journaliste américaine vivant à
Paris en 2002), malgré ce que j'avais pu imaginer de ce personnage, malgré les (bonnes) critiques lues sur ce livre, j'ai été emportée, happée, par ce roman et j'ai tout découvert comme si tout
était nouveau pour moi.
Pourtant, je fais partie de ceux qui connaissent à peu près l'histoire du Vél d'hiv. Je savais la responsabilité de l'Etat français dans cet “épisode” (le mot me
semble bien anecdotique pour quelque chose d'aussi terrible) de notre histoire. Je connaissais les conditions de détention des familles, le choix d'arrêter des enfants extrêmement jeunes. Mais il
est vrai que je ne suis pas non plus historienne, alors il y a forcément des choses que j'ignorais : le camp de Beaune-la-Rolande, et surtout la séparation, douloureuse au delà des mots, des
enfants et de leurs mères.
Mais que l'on connaisse ou pas l'histoire importe peu. Tout est forcément nouveau sous la plume de Tatiana, et décrit avec une émotion qui nous submerge. Pour
traiter d'un tel sujet il n'y a qu'une alternative : soit on reste froid et distant, à la façon des Bienveillantes, soit on plonge dedans corps et âme. Ici, on devine à quel point
l'auteur a été habitée, j'ai envie de dire hantée, par ce personnage et par le destin tragique des enfants du Vél d'Hiv.
Autant annoncer la couleur, je ne suis pas particulièrement passionnée par cette période de l'histoire, sans doute parce que les films et livres qui en traitent sont
tellement nombreux qu'on a l'impression (fausse bien sûr) de tout savoir. Mais ce livre est bieen plus qu'un autre roman sur la Shoah ou sur l'occupation. Ce qui en fait toute la force, et qui
m'a touchée aux larmes, c'est le destin particulier de cette petite fille, son amour pour son petit frère, son drame personnel, imbriqué à l'Histoire avec un grand H.
Et puis il y a, aux côtés de Sarah une autre femme, Julia, la journaliste, qui sera transformée par sa quête et sa démarche à la fois historique et personnelle. Si cette partie du roman est moins forte émotionnellement, elle produit un écho aux chapitres sur la fillette pour leur donner une autre dimension, celle du souvenir et de l'influence du passé. C'est Julia qui donne vie à ces mots qui sont le symbole même de ce roman : « Souviens-toi. N'oublie pas ». Mais comment oublier Sarah ?
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