Ça se passe comme ça au tribunal #1

Publié le par elodie

Voilà des semaines que je me torture l’esprit à propos de ces deux semaines pour lesquelles j’ai été désignée comme jurée, alors autant vous faire profiter de l’expérience. Je vous épargne gentiment les nuits écourtées pour cause de remuage de méninges, c’est déjà ça. Mais pour le reste, si un jour vous recevez la même lettre recommandée que moi, voilà ce qui risque de vous arriver le premier jour.

 

8h30 : Vous arrivez au palais de justice. Vous étiez convoquée pour 9h00 et habituellement vous être plutôt du genre en retard mais vu que vous n’avez pas très bien dormi, que vous craignez les embouteillages (si, si, même en Vendée, vous êtes stressée je vous rappelle) et que vous ne préférez même pas imaginer ce qui se passera si vous êtes en retard, vous vous pointez largement en avance.

 

8h35 : Vous videz les poches de votre veste devant le vigile de l’entrée et vous regrettez vivement de ne pas l’avoir fait plus tôt. Maintenant vous avez l’air maligne avec vos 3 listes de supermarchés, 4 papiers de bonbons (ceux des enfants, vous n’en mangez bien sûr jamais), et pire que tout le vieux kleenex pas immonde, mais pas super propre non plus et tellement chiffonné que n’importe qui pourrait penser qu’il a au moins 3 ans. Vous vous dites à ce moment là que s’ils fouillent votre sac vous allez avoir encore plus honte. Trente secondes plus tard vous avez donc encore plus honte. Et vous notez mentalement que la prochaine fois, vous saurez qu’il faut arriver poches vides et sac refait du jour.

 

8h45 : Vous discutez avec les autres jurés aussi novices que vous, venus d’aussi loin que vous et avec les mêmes soucis d’organisation que vous. Vous vous sentez moins seule.

 

9h00 : Vous entendez votre nom de jeune fille, ça fait tout bizarre, vous n’aviez pas pensé que vous rajeuniriez de quelques années. Du coup vous en oubliez de sortir la carte d’identité et vous devez farfouiller en hâte dans votre sac déjà vidé une fois. Côté honte, au point où vous en êtes...

 

9h05 : Une sonnerie retentit dans la salle et vous entendez le très solennel « la cour ». Vous vous levez, et pour le coup vous vous retrouvez à l’école les jours de visite de l’inspecteur ou tout le monde devient subitement très sage et très discipliné. Sauf que ce n’est pas l’inspecteur mais le président du tribunal qui entre, celui que dans les films américains (mais pas en France) on appelle Votre Honneur. Et c’est beaucoup plus impressionnant.

 

9h10 : Le président, puisque c’est comme ça qu’on l’appelle, commence l’énumération de tous les jurés  et examine leurs demandes de dispenses. Ce qui fait que la liste de 40 noms au départ peut se raccourcir si elle comprend des aveugles, des personnes sous traitement psychiatrique lourd, des gens qui ont eu tellement peur d’être juré qu’ils sont partis vivre à l’autre bout de la France, et des travailleurs indépendants qui vu le contexte de crise (ah bon ?) ne peuvent pas se permettre d’abandonner leur entreprise pendant 15 jours.

 

9h15 : Vous avez beau réfléchir, vous ne voyez pas comment vous pourriez faire croire que vous ne savez ni lire ni écrire tout en étant journaliste. Votre dernière idée de dispense vient donc de partir en fumée.

 

9h40 : Comme vous n’êtes ni aveugle  ni sous traitement psychiatrique lourd, que vous n’avez pas déménagé et que vous n’avez pas créé votre entreprise, vous commencez à trouver le temps long. Vous en profitez pour remarquer que vraiment les tribunaux ne sont plus ce qu’ils étaient et que les boiseries et dorures des salles d'audience dans les films sont bien plus jolis que les couleurs maronnasses très seventies que vous avez sous les yeux. Et que l’artiste qui a créé la peinture sublime placée derrière le président devait avoir une dent contre la justice pour faire subir à tous une oeuvre aussi laide.

 

9h50 : Ces histoires de listes sont à peu près terminées, malgré le respect scrupuleux de la procédure qui oblige le juge à dicter au greffier les rectifications qu'ils ont entendues en même temps puis à tout reprendre  ensemble une énième fois pour tout valider. Vous allez pouvoir regarder un film, chouette !

 

9h55 : Il semblerait que le film ne soit pas 12 hommes en colère que vous n’avez toujours pas vu, mais un documentaire didactique sur « en quoi consiste votre fonction de juré ». Sur le plan cinématographique, c’est d’un niveau bien en dessous. Malgré tout , vous êtes rassurée, d’après ce que vous avez compris, il arrive que les jurés visitent les prisons et ça ne vous emballait pas particulièrement.

 

10h30 : Le président interrompt le film pour expliquer que ce qui vient d’être dit est faux. Vous vous demandez comment un film commandé par le ministère de la justice, réalisé par des professionnels, validé par des magistrats et diffusé dans tous les cours d'assises de France peut comporter des erreurs. Mais comme vous avez déjà eu au téléphone ces derniers jours l’Urssaf et la sécu pour justement leur signaler leur propres erreurs, vous renoncez à comprendre comment les contrôles administratifs ont pu laisser à désirer.

 

11h00 : Le film est terminé, le président a quitté sa robe rouge et répond à toutes les questions.

 

11h30 : Vous vous faites remarquer encore une fois en  posant votre 10ème questions alors que les autres jurés n'ont pour la plupart pas ouvert la bouche. Vous vous dites intérieurement que soit vous vous vengez inconsciemment des questions incessantes de vos schtroumpfs, soit vous leur avez simplement transmis un gène de curiosité.

 

11h45 : Le président a répondu à toutes les questions, même les vôtres. Comme un prof qui connait son métier sur le bout des doigts, il a pimenté ses réponses de petites anecdotes. Il a réussi à se mettre à la portée de tous, et vous a paru extraordinairement humain. Il vous a presque fait regretter de ne pas être juge.

 

11h50 : la séance du jour est finie, vous réalisez que c’était très intéressant mais que ce n’était qu’une matinée d’information. Demain vous devez revenir pour peut-être commencer à juger un homme coupable de meurtre. Rien que d’y penser, vous avez les mains moites et l’estomac noué. Finalement, vous ne regrettez pas du tout de ne pas être juge.

Publié dans Ma p'tite vie de fille

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Maman au secours 17/11/2008 12:21

Cela m'intéresserait de voir comment cela se passe de près, même si je ne suis pas convaincue que le système de jury populaire soit la meilleure façon d'exercer la justice. Cela fait un peu loterie alors que si on engageait par exemple 5 juges à la place, on devrait obtenir un jugement de professionnels (mais bon faudrait juste être sûrs de pouvoir éviter la corruption de ces dits juges)

elodie 17/11/2008 17:56


c'est marrant, mais cet apsect des choses ne m'a posé aucun problème. On est très encadrés, on nous explique tout ce qu'on a besoin de savoir. Et je crois que des jurés populaires ont un autre
regrad, neuf, moins "blasé" sur l'affaire qu'ils vont juger. Je crois aussi que l'échange collectif est essentiel, alors qu'il arrive que qu'un juge soit seul à décider d'une peine de 5 ans de
prison. Et puis au bout du compte on est 9 jurés + 3 juges dans le jury, ça laisse quand même une place au professionalisme


marykos 09/11/2008 11:42

Moi, je souhaite ne jamais être convoquée !

elodie 09/11/2008 14:49


Merci pour ton commentaire et bienvenue sur mon blog. J'espère pour toi que tu ne vivras pas cette expérience alors !


isabella 07/11/2008 21:58

Moi j'avoue que j'aimerais bien faire ça une fois dans ma vie!

elodie 09/11/2008 14:47


Tu n'es pas la seule : beaucoup de gens de mon entourage m'ont dit la même chose. Pourquoi il a fallu que ça tombe sur moi plutôt que sur eux ou toi, hein ?


freesia 06/11/2008 21:09

bon eh bien dors bien quand même ;-)
tu as droit aux boules quies demain?
biz

elodie 07/11/2008 14:49


Je crois que je vais avoir pas mal de sommeil à rattraper quand tout ça sera terminé, parce que mes nuits sont un peu agitées ces temps-ci... bisous