"Maman, je n'ai rien à me mettre !"
Il y a des phrases qui donnent un choc. Ou un coup de vieux. Ou les deux à la fois.
Jusqu'à présent, la femme de la maison, c'était moi. Donc c'était moi aussi qui avait le droit, je dirais presque le devoir, en tant qu'unique représentante de la condition féminine, de pester devant mon armoire pleine de choses soient moches, soient vieilles, soient trop grandes, soit trop petites (forcément quand on fait le yo-yo, il y a toujours une partie de votre garde robe qui ne vous va plus et une autre qui en vous va pas encore), soient totalement inadaptées à l'occasion ou à la température (ou plus fréquemment encore à cette occasion avec cette température), soient qui ne vont avec rien. Au final, n'allez pas me dire qu'après un tel tri, on peut avoir un vrai choix vestimentaire, à moins d'être Paris Hilton. Et encore, je vous assure, je ne suis pas une accro du shopping ni une dingue de mode, et mon budget fringues est très mesuré (surtout depuis que le budget maison s'est allégement élargi). D'ailleurs en y réfléchissant, c'est bien pour ça que j'ai le droit de râler en toute bonne foi.
Mais l'autre jour, il y a eu comme un écho dans la maison. Les murs ont raisonné d'un « Maman, je n'ai rien à me mettre », et cette fois, je n'y étais pour rien. Je tiens d'ailleurs à préciser que mon « je n'ai rien à me mettre » à moi, peut-être précédé de différentes mots ou onomatopées, mais jamais de « maman ! ». Conclusion : j'ai désormais de la concurrence.
Et dire que cette concurrence là n'a que 10 ans ! Je n'ai pas le souvenir d'avoir commencé à râler aussi tôt. Enfin, à râler aussi tôt sur le vide intersidéral de mon armoire, je veux dire. Mais on a affaire à une génération nettement plus précoce apparemment et ma fille, puisque c'est bien d'elle qu'il s'agit, s'exerce depuis longtemps à faire preuve « de caractère », comme disent les optimistes. Elle a donc tout naturellement exploré un nouveau domaine de protestation.
Mais le pire c'est qu'elle n'a vraiment rien à se mettre. Ses pantalons de l'année dernière sont devenus des shorts, ses tee-shirts des brassières, et ses maillots ne lui cachent plus que la moitié d'une fesse.
Me voilà donc confrontée à deux problèmes totalement nouveaux pour moi : habiller une pré-ado, sans qu'elle ressemble à une bimbo, et admettre que finalement, et par comparaison,en cherchant bien, j'ai peut-être encore quelque chose à me mettre. Mais il y a plus inquiétant encore : dans quelques années, elle viendra en plus me piquer les quelques fringues possibles qu'il me reste !