Comme en 1995
En 1995, j'habitais Paris et j’étais enceinte. Enfin, pas au point d’avoir une bonne excuse pour ne pas venir bosser les jours de grève, et encore moins d’être en congé maternité. J’avais encore un ventre plat (façon de parler, disons plutôt un ventre ni plus ni moins rond que d’habitude) et quelques petites semaines de grossesse derrière moi. Et même pas la moindre petite nausée pour me servir d’excuse. En revanche, juste ce qu’il faut d’hormones pour ne penser qu’à une chose du matin au soir : dormir ! Alors avec la marche à pied pour aller jusqu’au bureau, je n’ai pas eu à déplorer la moindre insomnie. Et encore, j’étais une sacrée veinarde : ayant pitié de moi et de ma future sauterelle, un charmant hôtelier de ma connaissance m’avait quelques temps gentiment hébergée à 5 mn de mon bureau (en tout bien tout honneur, non seulement j’étais presque sa fille, mais en plus j’étais logée avec mon mari).
En 2007, j’habite en pleine campagne, la gare la plus proche est à 12 km de chez moi, et elle ne voit passer que des TER. Alors vous pensez bien que métro et RER ça ne me concerne pas vraiment. Quand on a annoncé une grande journée de grève, vous pouvez donc vous douter que je ne me suis pas sentie vraiment concernée. Je n’irai pas jusqu’à dire que je jubilais, faut pas pousser, j’ai trop vécu ça pour me moquer des pauv’ Parisiens à pied, en stop ou à vélo (et vive le Vélib !). Mais disons qu’en dehors d’une solidarité morale, l’idée d’une journée de grève ne m’a pas remué les tripes.
Ouais, ben j’aurais mieux fait d’être un peu plus remuée, c’est moi qui vous le dis. Parce que j’avais oublié que dans la série « pas de bol » j’étais championne. Alors devenez qui c’est qui doit faire un aller retour sur Paris en 24 heures ? Et comme c’est pour une triste raison que je dois partir (même si je ne suis pas concernée au premier chef ) et qu’il y a certaines circonstances ou un retard est inenvisageable, je vous laisse devenir l’état de mon humeur et ma solidarité envers les manifestants et les régimes spéciaux, là tout de suite maintenant.
Heureusement, depuis 1995 je me suis mise à conduire. Plutôt que d’attendre un hypothétique train sur un quai bondé, je serai donc quelque part sur les périph et dans les embouteillages avec des millions de parisiens ce soir, histoire de les soutenir un peu plus que moralement !