Glamour jusqu'au bout !
Ma vie est toujours glamour. Ou pas. Tout dépend de ma façon de la présenter.
Ainsi si je vous dis : « il y a deux ans, j’ai acheté une maison à la campagne », en sachant qu’à l’époque j’habitais dans les Alpes-Maritimes, on est en droit d’imaginer une villa de star : la bastide provençale entourée d’oliviers, dans l’arrière pays varois, où je recevrais mes amis people venus faire un break de la folie tropézienne.
Mais si je dis à la place « j’ai acheté une maison dans la campagne Vendéenne », tout de suite, on me voit plutôt dans la cambrousse profonde, aux odeurs de fumier plutôt que de lavande et, avec comme seules stars Noiraude et Pâquerette, les deux vaches de l’agriculteur voisin.
Vous voulez d’autres exemples ?
Tenez, en continuant sur la question de la maison : je peux affirmer sans mentir« Nous avons acheté une grande maison à la campagne ». On imagine une résidence secondaire, les départs en week-ends dans mon 4X4 chargé à bloc, l’arrivée en jean Zadig et Voltaire (dans lequel je rentre uniquement la fesse droite, mais ceux qui me croient glamour ne la savent pas) et bottes Prada, un Noël au coin du feu histoire de changer des fins d’année passées à Megève.
Mais je peux tout aussi bien déclarer « nous avons décidé de vivre à la campagne où nous avons acheté une grande maison ». Je ne sais pas pourquoi, mais dans ce cas là, mes interlocuteurs affichent plutôt une mine contrite, limite compatissante comme si je leur annonçais que j’ai un cancer, un mari chômeur en fin de droit et des enfants tuberculeux. Sans doute parce qu’on m’imagine plutôt avec ma blouse à fleurs (et quand je dit blouse je ne parle pas ici de la jolie froncée au col et aux manches avec un joli décolleté, mais le genre tablier qui sert à ne pas salir les habits du dimanche) choisie dans les pages que les gens normaux ne regardent jamais sur le catalogue la Redoute, mes sabots pourris (non non pas des Croks, des sabots de paysans), à ramasser mes patates dans mon champ.
Mais dans la série « ma vie est glamour » on ne fait pas mieux que notre dernier futur investissement en date. Depuis hier, nous savons donc que nous sommes les heureux futurs payeurs d’une nouvelle tranche de travaux qui vont encore nous coûter un bras dans notre fameuse grande maison à la campagne. Et, voilà que quand je parle de « futurs travaux dans ma grande maison à la campagne », certains rêvent déjà de pousser les murs de leur studio pour pouvoir eux aussi faire les choses en grand : peintures et rénovation de parquets à l’ancienne, achat de mobilier chiné chez les antiquaires du coin ou de quelques toiles à accrocher aux murs, aménagement d’une baignoire avec spa intégré, voire éventuellement intervention d’un architecte/décorateur d’intérieur qui en deux-trois petits dessins parvient à faire de notre maison ancienne un petit bijou digne de figurer dans Côté Ouest.
Revoyons une peu ces beaux projets en supprimant tout le glamour de la chose (j’ai bien dit TOUT le glamour). Qu’est ce qu’il nous reste comme travaux ? Une superbe fosse septique toute neuve accompagnée de ses magnifiques bacs filtrants que je vais bientôt avoir la joie de faire visiter à mes invités.
Comme quoi, à peu de chose près, j’ai une vie aussi glamour que celle de d'Angelina Jolie. Allez, Angie, emmène tes bottes en plastiques (ultra tendance) et viens chez moi que je te montre la dernière création de mon architecte spécialisé en assainissement non collectif !