Un mythe brisé
Roland Garros va bientôt se terminer et je n'ai même pas lâché mon PC une seule fois en douce pour regarder un match. Pire, je n'y ai même pas pensé. De toutes façons, mon Roland Garros à moi c'était il y a bien longtemps, à l'époque où les joueurs avaient des noms que je connaissais. Bon c'est vrai, c'était plus leurs jambes que leur jeu de jambes qui me plaisait. Mais tout ça, c'est la faute de Wilander.
Non, pitié ne me demandez pas « Qui ça ? » d'un air mi-étonné, mi-dégoûté. Wilander, c'est mon mythe d'ado. Moi qui ne suis pas sportive pour deux sous (pas encore aperçu d'épreuves de lecture aux JO), il a fallu que je m'amourache d'un joueur de ternis à l'heure où mes copines, elles, affichaient des posters de Mel Gibson ou du chanteur de A-Ha. Et même si je comptabilise les rares sportives du lot, j'ai bien dû croiser quelques fans de Noah, mais de Wilander, aucune (enfin, à l'époque, car après, coïncidence troublante, je me suis liée d'amitié avec d'autres ex-supportrices de mon Suédois préféré) ! Je vous laisse imaginer comme je pouvais me faire (salement) remarquer dans les discussions entre filles. Alors forcement, ce genre de penchant, limite avouable, ça vous marque.
Jusqu'au jour où une copine vous annonce comme ça, de but en blanc, que votre mythe vivant, elle l'a non seulement croisé la veille mais lui a parlé. Dingue, non ? Le coup de massue ne s'arrête pas là parce que votre copine vous explique que votre mythe vivant, et bien il n'est pas du tout comme vous pensiez. Si, si, il est beau (et encore elle ne m'a pas parlé de ses jambes qu'elle n'a pas du voir, la chance a des limites), mais il est pas sympa. Du tout.
Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, mais ça casse tout mon mythe, ça. Parce que j'aimais bien ses jambes (oui je sais je me répète, mais elles le valent bien), mais aussi son côté « gentil » à ce jeune homme (il n'est plus un jeune homme mais rappelez-vous, j'étais ado, quand il me plaisait alors pour moi ce sera toujours un jeune homme). C'est sûr, je ne le connaissais pas « pour de vrai » mais il avait l'air gentil. Or, comme tout le monde le sait, pour un people « avoir l'air » et « être vraiment » c'est tout pareil. Bref c'est comme si on découvrait que Marylin, en vrai, elle ne dormait pas avec seulement son numéro 5 de Chanel mais avec ses bigoudis et une chemise de nuit de grand-mère avec de la fausse dentelle en acrylique. Ou que Hugh Grant n'avait pas une once d'humour anglais mais que c'était un 100 % américain du Middle-west qui s'amusait à se faire passer pour un British. Là je suis sûre que vous me comprenez mieux.
Alors voilà, 20 ans de mythe démolis en une minute. Pour survivre à ce tsunami personnel, j'ai décidé de relativiser. Après tout ça faisait bien longtemps que ce monsieur était sorti de mon panthéon personnel. Et puis il est temps d'accepter de grandir vieillir. Franchement, moi, mariée, 3 enfants, dotée d'un cerveau à peu près en état de marche et même pas blonde, ça doit ne me faire ni chaud ni froid d'apprendre que telle ou telle personnalité n'est pas comme je l'imaginais.
Donc, voilà, je relativise. Surtout qu'après tout, il avait le droit d'être mal luné mon gentil Mats à moi, non ?